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Ce type de construction est parfait avec un fil plutôt fin, qui se tricote avec des aiguilles de diamètre 3 à 5 mm.

Quels sont les fils utilisés?

Sur les photos, Asperge est tricoté en Coast double aux aiguilles n°3 (couleur Asparagus), et Griotte en Samarkand double aux aiguilles n°4 (couleur Cherry Vine). Ces deux fils sont fabriqués par la marque danoise HolstGarn et se trouvent facilement sur internet (Laine et Tricot vend les deux, Purple Laines seulement la Coast, mais au poids). Je viens de voir que Laines et Tricot est en vacances du 1er au 10 mai, mais il n’y a pas le feu non plus.

Coast est un mélange laine-coton, et Samarkand un mélange laine-soie brute. J’ai utilisé 6 x 50g de laine pour tricoter chacun de ces cardigans (environ taille 40, mais je n’aime pas parler en taille standard!), à 4,40 euros la pelote. J’ai quasiment tout utilisé. Une pelote correspondant à 350 m de fil, donc il m’a fallu 2100 m au total, doublé, ce qui fait 1050 m de fil double. Ceci pour avoir une idée.

D’ailleurs, la preuve en images:

Je n’ai pas testé de fil se tricotant aux aiguilles n°5, surtout à cause de la saison. J’ai en stock un lot de Cascade 220 heathers qui attend son tour, qui pourrait ne pas être mal.

Qu’est-ce que j’apprécie dans ces fils?

La Coast est sensationnelle pour plusieurs raisons. Elle donne un tissu fluide, élastique mais pas trop, et qui reprend sa place après avoir été détendu. Je sais qu’elle est appréciée de beaucoup de tricoteuses. Je ne la connais que depuis un an environ, et je sais déjà que je vais longtemps lui rester fidèle. Le choix de couleurs est énorme, et elles sont toutes plus belles les unes que les autres.

Il n’est pas toujours facile de faire un échantillon représentatif, et l’avantage de la Coast est que l’échantillon lavé, bloqué, torturé, reste quasiment dans les mêmes dimensions que lorsqu’il vient juste d’être tricoté. Et ça, c’est malheureusement trop rare. Faire un échantillon représentatif de l’ouvrage à tricoter n’est pas si évident, malgré toutes les recettes que l’on trouve sur internet et ailleurs. De plus, elle ne peluche pas, ne feutre pas. Me tricoter tous les ans de nouveaux snoods, écharpes, mitaines, chaussettes ou bonnets, parce qu’ils sont abimés, ne me dérange pas. Mais un pull, j’ai envie de le garder longtemps, surtout si je l’aime.

La Samarkand est magnifique aussi. Tout comme la Coast, le choix de couleurs est somptueux. Comme la Coast, elle un un petit aspect grossier et légèrement chiné qui met un peu de fantaisie dans un point de jersey. Le tissu est un peu plus épais, légèrement moelleux. Elle est plus déformable que la Coast, mais une fois qu’on a bien fait souffrir l’échantillon, il ne bouge plus. Et pareil, selon mon expérience elle subit avec succès l’épreuve du temps.

Voici en gros plan la Coast et la Samarkand tricotées:

J’ai testé toujours chez HolstGarn la Supersoft. C’est un fil 100% laine, très déformable, et qui reste déformé. Donc il faut bloquer l’échantillon pour pouvoir l’exploiter, et prévoir de bloquer le pull (c’est à dire le mouiller et le faire sécher en tension pour que les dimensions se stabilisent). Mais le blocage sur un pull 3D, ce n’est pas évident, en général on l’effectue à plat, ou bien sur un mannequin pile poil à ses mesures, ou sur soi-même… On l’enfile tout serré, on ne bouge pas trop le temps qu’il sèche et on attend qu’il se déforme. Pas pratique.

Ma première tentative a abouti à un pull trop grand, et je l’ai détricoté illico presto pour recommencer en tenant compte de ces particularités. Je vais essayer de le tricoter moins ajusté, un peu plus à plat qu’en 3D.

Mais cet échec n’a pas été totalement négatif, parce qu’avant de le détricoter, je l’ai considéré comme un échantillon grandeur nature en comptant un peu partout le nombre de mailles et de rangs en fonction des longueurs. Voici une grande leçon, à retenir: un pull raté est un échantillon idéal. Bon, ça ne veut pas dire qu’on ne va pas tout faire pour réussir le premier pull, mais que si par malheur il a des défauts, on ne le détricotera pas avant de l’avoir autopsié.

Comme les 2 premiers fils, les couleurs disponibles donnent envie de tout essayer.

Un petit défaut par rapport à ces collègues: il est un peu rêche et peut feutrer (comme beaucoup de pure laine, d’ailleurs). Il parait qu’il s’adoucit au lavage, je pense que c’est vrai, mais on verra.

Le lavage, justement: on doit pouvoir les laver en machine à froid, mais je ne m’y suis pas risquée. Je les lave dans mon lavabo avec un savon spécial pour laine, ou simplement du shampoing, plus ou moins après shampoing. Après tout, laine et cheveux, c’est un peu pareil. La question de l’entretien est importante et sera abordée dans le cours.

Que penser des laines communément trouvées en France?

Phildar, Bergère de France et Katia font surtout des laines mélangées avec une bonne part d’acrylique. L’avantage est qu’en général, il n’y a pas trop de problèmes d’échantillon, mais je trouve que globalement elles peluchent pas mal. Mais je n’ai pas tout testé non plus.

J’ai essayé la merino baby de Katia, qui m’a donné un résultat pas du tout satisfaisant.

Le tissu était extrèmement déformable et élastique. J’ai tricoté et détricoté plusieurs fois en changeant de nombres de mailles, mais je n’ai pas réussi à obtenir quoi que ce soit de correct. Avec peu de mailles, j’étais boudinée, et si j’augmentais l’aisance, le tombé était plein de vagues.

Petit apparté sur l’aisance, qui sera abordée en détail dans la méthode. Sur les photos Griotte et Asperge les modèles sont tricotés en version très ajustée (pour tester la précision des calculs j’ai choisi une aisance égale à 0 au niveau du buste et des hanches, et 2cm à la taille), mais ne serrent pas, donc sont très confortables. En pratique, si on veut plus d’aisance, il faut tout de même rester à 0 pour le buste, augmenter la taille jusqu’à ne pas cintrer du tout si on veut (sauf peut-être un peu dans le dos, tout dépend de sa morphologie). Pour les hanches, tout dépend du poids du tissu. Si le poids est important et que le tissu tombe bien, a un beau drapé, on peut avoir 2 cm d’aisance, pas beaucoup plus. Si le tissu est léger, il vaut mieux rester à 0. La transition entre le dessous des bras et le buste, puis entre le buste et la taille, enfin entre la taille et les hanches, doit être étudiée selon le tombé que l’on souhaite, alors que le haut du corps répond à des règles de calcul strictes et peu modifiables. C’est pour moi un gros point fort du top down quand on ne connait pas très bien ses propres formes (surtout quand on préfère les camoufler plutôt que simplement les habiller).

Le choix du fil est déterminant et conditionne en grande partie la réussite du modèle.

Si je n’ai rien su tirer de la merino baby, je pense que c’est à cause de sa grande élasticité, elle-même due au fait que la laine est composée de nombreux brins très torsadés pour former un tube contenant beaucoup d’air. Ce type de fil, qui ressemble à un câble, peut convenir pour de la layette douillette, ou à du tricot à plat (pull classique) mais pour couvrir une grande surface d’adulte en 3D, c’est autre chose. Cependant je ne baisse pas les bras, je ferai d’autres essais. En attendant, je vous le déconseille.

Comment reconnaitre le fil parfait pour ce type de projet?

Voici une photo de 4 des fils dont je viens de vous parler.

Fils exemples

Pour la tenue de l’ouvrage, il faut le choisir avec 2 brins (2 ply), peut-être 4 mais pas plus, et peu torsadé.

C’est le cas de la coast et de la samarkand:

Ce sont des fils légers (poids par rapport à la longueur). Attention, le coton donne un tissu déformable et peu élastique, et ne peut pas être bloqué (on ne peut pas fixer sa forme une bonne fois pour toute, car il n’a pas de petits barbillons qui peuvent s’accrocher les uns aux autres comme la laine). Et comme il est lourd, si le vêtement n’est pas ajusté il se détend en longueur, s’il est ajusté il se déforme en largeur. Le lin est un peu pareil. Mais le mélange coton laine, s’il n’est pas cablé, est très bien (comme la coast).

La soie seule se comporte comme le coton, tout en étant plus légère. Mais en mélange avec de la laine, elle est parfaite pour ce type d’ouvrage.

La Cascade 220 est un fil 2 ply pure laine qui devrait bien se comporter.

Cascade 220

Au final, quel type de fil choisir?

Un fil 2 ply, mélange laine coton ou laine-soie, est parfait. Un mélange laine-acrylique, toujours 2 ply, devrait donner de bons résultats, mais attention à la qualité, à la faculté de bien vieillir. Je n’ai pas testé l’alpaga, mais je pense que c’est un bon choix aussi.

Un fil 2 ply pure laine, il vaut mieux prévoir de le bloquer pour éviter les surprises, mais c’est pas mal non plus (quoique pas trop de saison).

Les fils tout coton sont souvent lourd, et peuvent donner des soucis de déformabilité en longueur si on a choisi une bonne aisance, et en largeur dans le cas contraire. Et une fois déformés, les pulls sont difficiles à récupérer.

A mon avis, il vaut mieux éviter les fils câblés, trop imprévisibles pour les grands projets. Beaucoup de laines 100% mérino sont dans ce cas.

Le choix du fil tient une grande responsabilité dans la réussite d’un pull, et certains choix impliquent une adaptation de la méthode.

Petite remarque: je n’ai pas mentionné les données des échantillons pour chacun des deux cardigans, ou des deux laines. C’est normal: on s’en moque complètement, parce que ce sont MES échantillons. Ce qui compte, c’est VOTRE échantillon, et VOS mesures, ainsi que les caractéristiques du fil (sa déformabilité et sa résilience = capacité de revenir à l’état d’origine après avoir été déformé). Le point intervient aussi, mais si nous choisissons tous une base de jersey, cela retire un gros facteur de variabilité.

Et le matériel?

Les aiguilles circulaires équipées d’un long câble de préférence, sont indispensables.

Il faut aussi un compte-rang, des marqueurs et autres bricoles. Dans certains cas (laine 100%), un tapis de blocage peut être utile.

 

Après-demain (plus tôt dans la journée, c’est le premier mai et j’aurai plus de temps, surtout qu’on annonce du mauvais temps), je vous parlerai des compétences à avoir (pas de panique, il n’y a pas grand-chose), ainsi que du programme détaillé (mais non exhaustif, car susceptible d’être enrichi par vos remarques, vos questions et vos problèmes particuliers auxquels je n’aurai pas pensé).

Je vous donnerai aussi la liste des ressources qui m’ont aidée à progresser. Beaucoup sont en anglais, mais ce n’est pas insurmontable.

Et enfin, le prix et la date du top départ, parce qu’il faut bien arrêter de rêver et s’y mettre sérieusement! Je commence à avoir un peu le trac… est-ce normal, docteur?

Comme d’habitude, je vous laisse à vos commentaires, et je vous dis à vendredi!

P.S. N’hésitez pas à me parler des autres marques que vous appréciez, surtout ailleurs qu’en France ou même qu’en Europe, ainsi que votre expérience personnelle d’autres fils.